Parfois, il faut prendre la route pour comprendre que la personne que l’on avait laissée derrière soi, c’était nous.


Chronique littéraire - Plus Jamais Sans Moi - Maud ANKAOUA            

 

Une envie de reprendre la route.


Lorsque j’ai découvert Plus jamais sans moi de Maud Ankaoua, je traversais une période où tout me semblait flou. J’étais profondément triste, avec l’impression d’être bloquée dans une vie qui n’avançait plus vraiment. Comme si le chemin était déjà tracé, sans que je sache encore s’il me correspondait.

J’avais besoin de légèreté, mais aussi d’une histoire capable de laisser une trace.

 

Un chemin peut encore tout changer

 

Plus jamais sans moi raconte le parcours de Constance, une femme qui semble avoir atteint une forme de stabilité, mais qui ne se sent plus réellement à sa place dans sa propre vie.


Le chemin de Compostelle vient alors rompre cette impression d’immobilité.


Marcher, quitter ses habitudes, rencontrer des inconnus et accepter de ne pas tout maîtriser l’obligent progressivement à regarder ce qu’elle évitait peut-être jusque-là.




Ce que j’ai aimé dans ce roman, c’est cette idée qu’une vie peut sembler enfermée dans un scénario déjà écrit, alors qu’il existe encore des chemins capables d’en modifier la direction.


Un départ, une rencontre ou une conversation peuvent parfois ouvrir une possibilité que l’on n’avait même pas envisagée.



Le roman respire la liberté, l’éclosion, l’amitié, la découverte de soi et une certaine forme de sagesse. Il nous invite à nous demander si nous vivons réellement la vie que nous avons choisie ou si nous avançons simplement parce que nous avons pris l’habitude d’avancer ainsi.

Sortir du pilote automatique


Je me suis rapidement reconnue dans le personnage de Constance.


Dans sa relation, d’abord, que je pense nous avons toutes connues. Dans sa façon de se dépasser pour ressentir de nouveau. Mais aussi dans son côté peu social au début du chemin, avant qu’elle ne se laisse progressivement surprendre par les autres.


Il est possible d’être présente dans sa propre vie tout en étant absente de soi-même.

On accomplit ce que l’on doit faire. On avance. On répond aux attentes. On maintient certaines relations ou certaines habitudes. Mais intérieurement, quelque chose s’est mis en veille.

On fonctionne alors en pilote automatique.


Le chemin oblige Constance à sortir de ce rythme. La marche ralentit le quotidien tout en remettant le corps en mouvement. Elle permet de respirer, de laisser les pensées se déposer et de retrouver un espace dans lequel on peut enfin s’écouter.


C’est probablement ce qui m’a le plus marqué : cette idée qu’il faut parfois changer de rythme pour entendre ce qui était déjà présent en nous.

 

Les rencontres qui déplacent une vie

Le roman accorde une place importante aux rencontres.

Certaines personnes apparaissent brièvement. D’autres restent plus longtemps. Mais chacune peut apporter une parole, une expérience ou une manière différente de regarder la vie.


L’un des passages qui m’a le plus marquée est celui où une amie de Constance lui raconte son histoire, ses rêves et ce qui l’a conduite jusqu’à cette étape de sa vie. La rencontre avec Sacha m’a également beaucoup touchée.


Ces personnages rappellent que nous ne cheminons jamais complètement seules.

Sur chaque route, certaines personnes sont là pour nous apprendre quelque chose sur nous-mêmes. Elles peuvent nous accompagner, nous guider, nous conseiller ou simplement nous poser une question que nous n’aurions jamais pensé à nous poser.


Encore faut-il prendre le temps de les écouter.

Tout le monde n’est pas destiné à rester dans notre vie. Certaines rencontres n’existent peut-être que pour nous aider à franchir une étape. Leur importance ne dépend pas toujours de leur durée, mais de ce qu’elles déplacent en nous.

Notre premier compagnon de route


Le titre "Plus jamais sans moi" a pris une place particulière au fil de ma lecture.

Pour moi, il signifie que notre véritable compagnon de route, c’est nous.

Les autres peuvent marcher à nos côtés, nous aimer, nous soutenir ou nous éclairer. Pourtant, nous sommes la seule personne qui traversera avec nous l’ensemble de notre existence.


Et malgré cela, nous pouvons facilement nous oublier.

Nous mettre de côté pour maintenir une relation, éviter de décevoir, répondre aux attentes ou préserver un équilibre qui ne nous convient plus vraiment.


Je l’ai souvent fait.

Ce roman rappelle que se choisir ne signifie pas rejeter les autres. Cela signifie cesser de s’abandonner pour être aimée, acceptée ou rassurée.

Au fond, nous savons souvent ce que nous désirons. Nous connaissons nos rêves, nos limites et ce qui nous fait du bien. Notre corps et notre intuition envoient des signaux, mais nous ne sommes pas toujours disponibles pour les entendre.



Parfois, la vie doit nous bousculer pour nous obliger à regarder ce que nous savions déjà.

Revenir à soi, revenir au corps


Le chemin de Compostelle est aussi un chemin profondément physique.

Il faut avancer, ressentir la fatigue, s’arrêter, respirer, écouter ses limites et accepter que le corps impose parfois un autre rythme que celui prévu.


Se reconnecter à soi passe aussi par une présence retrouvée au corps. Par la capacité à ressentir ce qui se joue en nous, à remarquer les tensions, la fatigue ou le besoin de ralentir.

Quand nous cessons de nous écouter, nous pouvons nous sentir épuisées, ternes ou déconnectées de ce que nous vivons. Cela ne signifie pas que chaque douleur ou chaque maladie possède une explication émotionnelle. Mais le corps reste un indicateur précieux de notre état général et de la place que nous nous accordons.


Marcher remet le corps au centre.

La photographie peut également créer ce temps d’attention. Non pas pour corriger ce que nous sommes, mais pour observer avec davantage de présence la personne que nous sommes devenue.


Se reconnecter à son image commence peut-être avant le miroir. Cela commence lorsque l’on cesse de traverser sa propre vie sans vraiment s’y rencontrer.

« Le jour où j’ai découvert que le grand amour de ma vie, c’était moi, tout a changé. »

Louise

Un roman accessible


Le roman est fluide, accessible et très facile à lire. Les pages s’enchaînent rapidement, tout en laissant suffisamment de matière pour réfléchir.

On s’attache aux personnages, on suit leur évolution et l’on profite réellement de l’histoire. Le développement personnel reste intégré à la narration, sans faire disparaître le plaisir du roman.

Pour Qui ?


Je conseillerais ce roman aux femmes qui ont besoin de légèreté, tout en souhaitant retirer quelque chose de leur lecture.

À celles qui se sentent perdues ou enfermées dans une situation qui ne leur correspond plus.

À celles qui traversent une relation difficile, qui appréhendent un changement ou qui sentent qu’elles se sont progressivement éloignées d’elles-mêmes.

Mon bilan


En refermant Plus jamais sans moi, j’ai eu envie de marcher.

De découvrir le chemin de Compostelle, ses paysages, ses silences et ses rencontres.

Surtout de cesser de considérer mes besoins, mes rêves ou mes intuitions comme secondaires.

De me rappeler que les autres peuvent enrichir mon chemin, mais qu’aucune relation ne devrait me demander de m’y abandonner.

Notre véritable compagnon de route, c’est nous.

 

« Ne regrette jamais un seul jour de ta vie. Les bons jours te rendent heureux. Les mauvais jours te donnent de l’expérience. Les deux sont essentiels à la vie. »

 

 

  • Plus jamais sans moi

 

 

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